Réfléchir !
Le 07 novembre 2008, sur le blog de campagne d’Europe-écologie, l’écrivain-historienne-archéologue Frédérique Audouin-Rouzou (alias Fred Vargas) publiait ce message d’alerte !
Un grand merci à Clément Wittmann (citoyen passionné et volontaire, candidat de la décroissance choisie et non subie, engagé dans la course aux 500 signatures de l’élection présidentielle 2012) pour l’avoir transmis.
Ce texte n’a pas pris une ride, il mérite d’être lu et relu par le plus grand nombre d’électeurs…
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas (http://2009.europe-ecologie.fr/blog/nous-y-sommes)
…puisque nous y sommes et parce qu’il va falloir à nouveau choisir pour voter, voici aussi un « commentaire » trouvé sur le net qui incite à la réflexion :
A l’aube de l’histoire, Gilgamesh cherchait la plante de vie, pour qu’enfin elle lui raconte : Tout est lié, tout interagit, tout ne fait qu’un dans une somme supérieure à l’addition de ses parties. L’Homme-Dieu n’est pas celui qui se fait obéir, mais celui qui se met au service de ce “tout”.
Au fil des siècles, cette sagesse s’est déclinée de mille manières plus ou moins religieuses, plus où moins laïques, à travers siècles et territoires arpentés par l’Homme. J’arrête ceux qui vont râler sur le mot religieux. Il vient du latin “religare” : relier. Infiniment proche d’intelligence, cette dernière venant d’interligare : faire des liens. L’essence de ce mot est ce qui nous relie à ce qui nous dépasse, c’est à dire l’ensemble des relations entre choses et êtres qui nous entourent, dans l’espace comme dans le temps. La transcendance, quoi. Nous pourrions renommer cela : théorie du “tout”, puisqu’il faut renouveler les mots galvaudés; qu’importe.
Nous le ressentons dans nos vies personnelles à un moment ou à un autre, lorsque d’enfant-roi, au désir de toute puissance, plus ou moins contenu par nos parents pour nous permettre une chose simple : faire dans notre vie une place pour l’autre, et que l’autre nous fasse aussi une place. C’est à dire contenir la prévarication, la rapacité, la volonté de puissance pour aboutir à une saine symbiose, une pleine capacité de coopération avec ce et ceux qui nous entourent. Ce processus s’appelle mûrir.
Et comme partout dans le vivant, ce qui se refuse à mûrir se flétrit. Ce ne sont pas des leçons de morale à trois sous. C’est ainsi que fonctionne la vie, même dans son aspect le plus biologiquement rigoureux. Périr comme des imbécile en ayant été le cancer de l’organisme sur lequel nous vivions est le destin qui nous attend si nous continuons à confondre ces deux notions : Enfant-Roi et Homme-Dieu.
Mais nous parlons bel et bien d’un “tout”, et le travail est donc titanesque. Le système monétaire pyramidal, intrinsèquement inflationniste, basé sur la logique de “dette” consentie à l’organisme créant la monnaie à partir… de rien : Un système inflationniste est exponentiel donc infini, et nous vivons dans un monde fini, qui ne pourra jamais au grand jamais soutenir une “croissance infinie”. La plus rigoureuse mathématique est formelle, cela ne peut durer : c’est une pure et simple folie. Une folie qui n’est que la projection collective de notre propre infini désir infantile de possession.
Oui, nous touchons aux lieux où se rejoignent particulier et collectif, car le “tout” est une somme, et notre monde en crise est la somme de ce que nous sommes : égoïstes, jaloux, territoriaux, orgueilleux, violents, irresponsables et lâches… Puisque nous préférons entendre répéter les aveuglements du passé, nous cacher les yeux et boucher les oreilles devant la vague déferlante de la misère et de la paupérisation. Nous préférons regarder les idoles que nous avons créé : nos stars, nos nantis, nos bienheureux richissimes pour lesquels nous épongeons chaque jour une dette. Nous pensons être libres ? Nous ne le sommes pas. Être libre, c’est choisir soi-même en conscience ce et ceux que l’on décide de servir. Celui qui pense être son propre maître n’est que l’esclave de ce qu’il ignore de lui-même : bien souvent le côté le plus sombre de lui-même.
Et nous avons trop longtemps laissé à ces Enfants-Rois les manettes de la “machine sociale”.
Mais assez de vaticinations, puisque nombreux sont ceux qui le sentent même sans pouvoir mettre des mots dessus, le cap est fixé :
Murir ou périr.
(Commentaire écrit par Thomas Alegre le 10 février 2009 sur le site web : les jeunes libres.hautefort.com)
…et pour finir, un petit rappel sur le magistral Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un ( le contre l’union !) qui fut rédigé en 1549 par Étienne de La Boétie.
Un discours qui pose la question de la légitimité d’une autorité sur la population et qui analyse les raisons de la tragique soumission au pouvoir. “Comment se fait-il que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ?” Pour accéder à la liberté, il ne faut donc être ni maître, ni esclave… et sortir enfin de cette servitude consentie depuis trop longtemps ! Quel est donc l’accident tragique qui a rendu une telle situation possible ? Qui était le Malencontre ? A vous de le découvrir grâce à la lecture de cet ouvrage salutaire qui réveille et incite à sortir de l’état de servitude volontaire et de soumission à toute forme de domination. Lui non plus n’a pas pris une ride, il permet dans les temps qui viennent, d’élargir l’horizon citoyen et de porter un regard fier et libre sur l’avenir !
Y.B.
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