Le « Storytelling » n’est pas un artifice : c’est un outil pédagogique puissant pour capter l’attention, transmettre du sens et de l’émotion et surtout renforcer les apprentissages et la mémoire des messages clés. Un bon témoignage est authentique, ciblé et structuré pour servir les participants — pas pour flatter l’orateur. Cela ne s’improvise pas donc il faut se préparer, suivre une structure et apporter un message dans la conclusion. Voici les 3 étapes à respecter que nous apprenons en formation :
1) Avant de raconter (préparation)
– Clarifie ton intention : Pourquoi raconter ? Quel apprentissage ou intention veuxtu susciter ?
– Choisis 1 message central : un seul apprentissage ou valeur à illustrer.
– Prépare la structure en 3 actes : situation initiale → tension (défi) → résolution et leçon.
2) Pendant le récit (technique)
– Accroche forte (1 phrase) pour capter l’attention.
– Soigne le concret : détails sensoriels, gestes, mots ; reste vrai.
– Utilise la voix : rythme, silences, modulation.
– Relie au public : pose 1 question, invite à comparer avec leur vécu.
– Répète le message clé 2 fois (début/fin) pour la mémorisation.
3) Après le récit (clôture et éthique)
– Conclue par une mise en perspective pratique : « Que changeraistu demain ? »
– Respecte la confidentialité et ton propre besoin d’être entendu : pas d’exhibition.
– Évite le « Tokenisme* » émotionnel : ton récit doit viser l’utilité (apprentissage, soutien), pas l’effet.
Voici un exemple concret de Storytelling pour un patient partenaire dont l’intention est de montrer comment il a transformé sa colère en action utile.
Acte 1 – Situation : Après mon diagnostic, j’étais submergé par la colère ; je frappais les murs intérieurement chaque fois qu’on modifiait mon traitement sans m’expliquer. Je me souviens de l’odeur antiseptique du couloir et du bruit sec des portes — je me sentais invisible.
Acte 2 – Tension : Cette colère m’a isolé : j’évitais les rendezvous et je perdais confiance. Un jour, épuisé, j’ai décidé d’écrire une lettre au chef de service pour raconter ce que je vivais.
Acte 3 – Résolution : La lettre a ouvert un dialogue ; on a instauré un temps d’information avant chaque changement. J’ai retrouvé de la sérénité et j’ai proposé d’animer un atelier pour expliquer l’importance de la communication.
Leçon/message clé : « Exprimer ce que l’on vit transforme la colère en levier pour améliorer le soin. »
Françoise Clergue et André Courtin
*Le Tokenisme désigne une pratique donnant l’illusion d’inclure des groupes minoritaires, mais sans leur accorder un véritable pouvoir. Le terme vient de l’anglais « token », signifiant « jeton » ou « symbole ». Pour le patient aidant partenaire c’est par exemple, le risque d’être utilisé pour faire bonne figure et d’être cantonné à un rôle de représentation au sein d’une unité de soins sans être inclus dans la collaboration des réunions d’amélioration des soins des patients.
Petits trucs et astuces du formateur pour réussir son Storytelling avec une liste de vérification rapide avant de commencer :
- Intention ?
- Message central ?
- Structure 3 actes ?
- Exemple concret ?
- Question au public ?
- Conclusion pratique ?
