Le temps.
Il accompagne toute notre existence, de la naissance à la mort.
Il est rationalisé : il se découpe en années, mois, semaines, jours, nuits, heures, minutes, secondes
Il est décroissant : plus les jours passent, plus « notre temps » s’amoindrit.
Il est insaisissable : on ne peut pas concrètement l’arrêter, le ralentir, l’accélérer ou revenir en arrière.
Toute notre existence est rythmée par lui. Tout tourne autour de lui.
Puisqu’on ne peut le ralentir ou l’accélérer, c’est à chaque personne d’adapter son rythme en fonction de l’effet recherché.
En janvier, j’ai pris la décision d’interrompre ma deuxième année de licence de droit que j’effectue à distance et de demander un redoublement.
Pour la première fois, mon état de santé me pousse à ne pas poursuivre une année d’études. Tout allait trop vite, je ne pouvais plus m’accrocher au train : le temps de l’année universitaire, lui, n’attend pas.
Malgré cette pause, la gestion de mes symptômes représente la majeure partie de mon quotidien. En fait, elle est présente en permanence. Le repos ne me donne même pas une énergie durable, seulement ce qu’il faut pour continuer à supporter.
Le prochain rendez-vous médical important étant en mai, j’ai souvent la sensation de ne pas avancer, de ne pas rentabiliser ce temps.
Est-ce du temps de perdu ?
Par rapport à qui, à quoi ?
Est-ce du temps de perdu par rapport à la vie que devrait avoir une jeune femme de dix-neuf ans ?
Ce questionnement, bien que légitime, montre que la gestion du temps reflète une construction sociale intériorisée : à cet âge, la « norme » dit que ce sont « les meilleures années » et que je devrais sortir, passer mon permis, étudier. Ne pas pouvoir le faire donnerait l’impression de passer à côté de cet âge-là.
Mon existence, elle, me fait emprunter un autre chemin.
Il m’arrive pourtant de désirer cette vie.
Mais ce désir ne signifie pas que je perds du temps ni que je passe à côté de certaines choses.
Est-ce dans ce cas du temps de perdu par rapport à la vie que je m’imaginais il y a encore quelques années ?
Le point d’ancrage du questionnement n’est plus externe mais interne, lié au début de mon existence.
Rien n’est figé, la santé y compris. La vie que je m’imaginais n’est plus ma réalité.
Et par rapport à la Chiara actuelle qui écrit cette chronique, est-ce du temps de perdu ? Non.
Je ne fais que ce que je peux.
Je me respecte.
Je me préserve.
Je ne vais pas plus loin.
Je pense qu’on ne perd jamais du temps par rapport à soi…
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Chiara Charbonnier, 19 ans, est étudiante en droit et patiente ressource formée à l’UFPP.
Elle vit avec une pathologie neurologique invisible, héritée d’une naissance prématurée, qui façonne son quotidien et son rapport au monde.
Engagée, lucide et profondément sensible, Chiara avance avec la volonté d’être actrice de sa santé et de ses choix de vie.
L’écriture est pour elle un espace de réappropriation, de réflexion et de partage, où l’intime devient collectif.
Chaque mois, elle nous propose une nouvelle chronique, sincère et éclairante, née de son vécu et de sa force intérieure.
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